Skip to main content
 

DERNIER ARTICLE

"Divisés, nous tombons ; unis, nous résistons." D. Bek

Salut tout le monde !


Tout d’abord, j’espère que vous avez passé un bon Noël en famille, avec les amis, mais surtout à la lumière de la Nativité. Ce beau moment chaleureux de notre calendrier liturgique s’incarne comme un symbole d’espérance : c’est l’avènement du Sauveur, Dieu qui prend la nature humaine, Dieu qui s’abaisse pour se sacrifier trente-trois ans plus tard afin de nous pardonner nos péchés et de nous ouvrir les portes du Paradis, en marchant comme un conquérant sur l’enfer.


De mon côté, nous avons eu la grâce d’avoir une belle messe. Bien que ce ne soit pas la liturgie que je préfère, c’est Dieu qui se manifeste dans l’hostie, mais aussi dans le sourire et le merci de chacun. Loin de moi l’intention de dévaloriser la messe, mais la mission m’a appris que lorsque le secours liturgique manque, il faut chercher Dieu dans les choses du quotidien, dans notre action, se faire petit, se donner à ceux que nous aidons. Finalement, « ceux qui s’abaissent seront élevés » ;) Bref, Dieu se manifeste de mille manières, et comme sainte Thérèse, qui, souffrante, ne pouvait penser à Dieu, je dis : « Mon Dieu, c’est une raison de plus de vous dire à quel point je vous aime ! »


Bref, sinon, depuis la dernière fois, les activités ont ralenti, notamment avec la semaine de Noël, car oui, entre le 31 décembre et le 6 janvier, c’est la semaine de vacances pour les Arméniens (ils célèbrent Noël le 6 janvier, en même temps que l’Épiphanie). Nous en avons donc profité pour faire quelques petites randonnées, visiter des monastères et profiter des installations d’hiver pour faire de la patinoire. C’était une chouette semaine ; vous verrez, je vous en parlerai plus en détail dans la suite de l’article.


Je commence par quelques petites anecdotes plutôt cocasses. Bonne lecture :)


Le 11/01/2026 à hopital de Goris

Quelques jours avant, nous avons dû nous rendre à Tbilissi, en Géorgie, pour régler quelques problèmes d’argent. Bref, sur le chemin du retour, le nombre de places étant très limité, nous avons dû utiliser les sièges rétractables à l’arrière de la voiture. Bon, je me suis dévoué pour aller au milieu… 5 heures de trajet en me cognant contre le rail du siège.

Les jours suivants, je commence à sentir une douleur dans le bas du dos, qui fait de plus en plus mal à mesure que les jours passent. Au début, je pouvais m’asseoir avec une légère douleur ; le deuxième jour, j’étais obligé de m’allonger, et le troisième jour, je n’arrivais même plus à dormir. Je pensais au début que c’était une douleur passagère, mais finalement, après autodiagnostic (comme dirait Internet), une opération était peut-être requise. Je contacte Armen, le bras droit d’Aram sur la région du Syunik, pour prendre un rendez-vous chez le médecin afin de confirmer, dans un premier temps, l’autodiagnostic.


Tout est bon. En début de matinée, les volontaires sont partis en activité ; je reste à la maison, attendant avec une grande impatience Armen pour l’hôpital. Une fois arrivés à l’hôpital, naïvement, je pensais que tout allait se passer comme dans un hôpital français… À peine rentrés, Armen toque à une porte. Alors je me dis que c’est bizarre : on ne passe pas par la réception, mais ce n’est pas grave, je lui fais confiance. En ouvrant la porte, nous entrons dans une pièce où sont disposés cinq ou six lits, certainement pour les sorties d’opération. Trois femmes sont assises en train de discuter. Je m’inquiète un peu, mais à la vue des deux hommes qui sortent d’une pièce, je suis enfin rassuré. Derrière des rideaux, je leur montre ce que j’ai, mais celui-ci m’envoie au deuxième étage… Bah oui, il est neurologue.

Arrivé au deuxième étage, une file d’attente dans le couloir attend d’être prise en charge par le médecin. Une aimable femme me laisse passer devant. Je suis accueilli dans une salle de consultation où sont entreposés des outils d’opération et quelques bocaux contenant des substances que je ne saurais déterminer, mais qui, à vue d’œil, me donnent très envie de prendre mes jambes à mon cou. Mais pas d’inquiétude : ce n’est qu’un diagnostic. Je m’allonge sur le lit et, après quelques secondes, Armen m’interpelle en me disant :


« Il va t’opérer ! »
Euh… attendez, QUOI ?


Bon, autant vous dire qu’il n’a pas explicité, mais c’était comme une confirmation de ce que j’avais : un kyste. Sur le moment, je m’affole un peu, mais aveuglé par la naïveté et au vu de la douleur, je me dis que c’est peut-être pour le mieux, alors j’accepte volontiers ! Ma seule frayeur était qu’ils ne m’anesthésient pas. Après confirmation, mon seul interlocuteur sort de la pièce le temps de l’opération.


Le début commence très mal. Ne voyant rien, j’ai l’impression qu’ils prennent des bouteilles et qu’ils humidifient la zone de manière très hasardeuse. Le stress commence à monter quand je me demande si, finalement, l’anesthésie n’est pas simplement un liquide que l’on verse pour insensibiliser la zone. La piqûre dans le dos me rassure ; je crois que je n’ai jamais été aussi heureux d’une piqûre. Le stress redescend, mais à peine l’aiguille sortie, il se saisit de son scalpel et ouvre sur trois à quatre centimètres le kyste. Alors là, je peux vous dire que j’ai été pris de court, et que ma réaction a été de crier de douleur, surtout que je ne savais pas où mettre mes mains pour résister à la douleur. Pendant trois minutes, j’ai glissé mes bras sous le lit, empoignant bien fort mes deux avant-bras. Après trois minutes de calvaire, je me relève enfin, mais pris de sueurs froides, je me rallonge très vite, ça pendant environ vingt minutes.



23/12/2025 à Khot 

Pour Noël, l’association a prévu une donation de cadeaux pour les enfants d’un village près de Goris. En amont de ce beau jour pour les enfants du village, nous avons reçu et trié les cadeaux. Entre-temps, nous avons eu quelques surprises dans la livraison, car trois jours avant, il nous manquait 160 cadeaux. Mais ne vous inquiétez pas, la livraison a été express et nous avons réussi à réorganiser les paquets un jour avant.


L’Arménie, ayant subi 80 ans de communisme, a vu certaines traditions bouleversées. L’une des mesures prises par l’URSS dans les pays sous son égide fut la suppression de Noël, remplacé par le Père Noël, ou « Dzmer Papik », qui signifie « grand-père de l’hiver ». Pour cette raison, les Arméniens vivent principalement le mois de décembre autour du 31 décembre, qui est la fête la plus importante, d’autant plus que Noël se célèbre le 6 janvier, comme dit précédemment.


Afin de rectifier le tir sans pour autant passer du noir au blanc — car dans ce cas-là, le risque serait qu’ils ne comprennent pas du tout — Armen m’a amené un costume de Père Noël. Avec moi, je portais une image que j’avais imprimée, dont la traduction française est :


« Le Christ est le vrai héros de Noël ».


Nous mettons les paquets cadeaux dans la voiture et partons pour le gymnase, ou salle polyvalente, à l’ambiance de Tchernobyl, avec une scène dont le centre est occupé par un trou de deux mètres de profondeur, réduisant fortement l’espace. Pour être un peu original, je mets des pièces en chocolat dans mon bonnet et dans ma poche, et cache ma hotte dans le trou afin de faire une petite mise en scène. Alors tout ça, c’est sur le papier… vous verrez.

Après une heure de préparation, les enfants commencent à s’installer dans la grande salle. L’ambiance monte petit à petit avec un chanteur plutôt connu qui vient chanter. Les enfants claquent des mains et les filles entament des danses traditionnelles. Attention, l’Arménie, et particulièrement Goris, étant très conservatrice, il était hors de question que je me joigne à la ronde formée par les filles ; j’ai même eu droit à un regard de dégoût… Mais je ne leur en veux pas, c’est à moi de m’adapter.


Enfin arrive le moment de l’arrivée du Père Noël. Je me retire, enfile mon costume et, après de multiples appels, je rentre dans la salle. Dans ma tête, je pensais avoir de l’espace pour bouger, mais je suis accueilli par une foule qui, à la sortie de ma première pièce en chocolat, commence à se battre et à me tirer les vêtements. Pris d’énervement, je retire mon bras un peu brusquement, et c’est Éléonore, la volontaire qui m’accompagnait, qui a pris le coude…

En plus d’essayer d’avancer dans cette mer d’enfants, je me prends les pieds dans ma veste de Père Noël et manque de m’étaler au sol deux ou trois fois. J’arrive enfin à atteindre l’échelle qui permet de descendre dans le trou de la scène et je brandis la hotte au-dessus de ma tête. Encore une fois, je n’ai pas fait grande preuve de résilience : ils se sont agglutinés dessus et j’ai finalement fui sur la scène, manquant la distribution que j’aurais pourtant bien voulu faire.

Pour la suite, je m’assois sur une chaise et donne, au fur et à mesure, les cadeaux aux enfants. Les petits sont super heureux et me font de grands sourires qui resteront gravés dans ma mémoire.


Quelques jours plus tard, rebelote, mais cette fois à côté de Vardenis. Avec de la musique et un peu plus d’espace, je peux faire un numéro un peu rigolo en me roulant par terre et en dansant pour leur donner leur cadeau. Je vous joins une vidéo, sinon on va me prendre pour un fou.




Le 31/12/2025 place de la République à Erevan

Ce soir, c’est le Nouvel An ! Place de la République, dans le centre d’Erevan, il y a un grand concert. Nous prévoyons d’y aller, mais avant cela, quoi de mieux que de finir l’année avec une adoration.


Ce soir-là, vers 18 h, nous nous rendons chez les sœurs Missionnaires de la Charité. Leur grande maison, qui est aussi leur lieu de travail, dans lequel elles ont à charge 21 enfants handicapés, abrite une petite chapelle. Petite particularité : il nous faut enlever nos chaussures avant d’entrer dans la chapelle, certainement parce que certaines d’entre elles viennent de pays d’Asie. Après cette belle heure à contempler, nous rentrons à la maison.


Après le repas, nous nous dirigeons vers le centre-ville. En temps normal, commander un taxi monospace est plus long, et encore plus un jour de fête ; nous nous rabattons donc sur deux taxis pour nous emmener en ville. À l’arrivée du premier taxi, tout roule : le premier groupe part. Mais à l’arrivée du deuxième taxi, une chose me perturbe : il y a déjà quelqu’un à la place passager. Nous regardons alors sur l’application, et la plaque de la voiture correspond bien. Nous décidons de rentrer et, comme d’habitude, le chauffeur nous parle en arménien. Au début, je pensais qu’il nous disait bonjour, « comment allez-vous », etc. Mais Mathilde, une des volontaires, réussit à comprendre : « Come out », puis « I’m busy ». Donc on sort. En gros, on s’est fait renvoyer de notre taxi.


Mais nous avons encore le temps, alors nous reprenons un taxi. Trois minutes avant d’arriver, celui-ci m’appelle et me dit : « Cancel the course ». Bon, sympa… Minuit passé, à entendre les feux d’artifice au milieu d’une rue vide, entre-temps j’ai repris un taxi, mais avec le froid, le téléphone passe de 30 % à 1 %. On commence donc à marcher vers le centre-ville pour ne pas perdre de temps. Finalement, mon téléphone ne s’éteint pas, et nous croisons le taxi ; nous courons alors vers le point de rendez-vous en essayant de ne pas glisser.


Finalement, après une heure de combat acharné, nous arrivons à 00 h 20. Nous rejoignons les autres place de la République, et des groupes d’Indiens commencent à nous encercler et à danser avec nous. Je pensais voir des Arméniens, mais aucun. Toujours est-il que, malgré cela, nous avons passé une super soirée, à danser sous la neige.

Le 31/12/2025  - 06/01/2026 autour de Erevan

Pendant la première semaine de janvier, nous en avons profité pour faire de petites balades dans la neige, aller au monastère de Hovhannavank, qui est un magnifique monastère situé à flanc de canyon. Nous avons aussi visité le centre-ville, avec de beaux décors de Noël. Même si ce n’est pas le sens que les catholiques souhaiteraient pour Noël, c’était comme un retour en enfance, au village de Noël, avec plein de guirlandes, un grand arbre et des lumières de partout.


Cette même semaine, nous sommes également allés faire du cheval près d’Erevan. J’avoue que j’avais des présupposés, mais finalement, le cheval, c’est exceptionnel.


Le 6 janvier, nous avons eu l’occasion d’assister à la messe de Noël à Etchmiadzine et de voir le Catholicos (c’est l’équivalent du pape pour l’Église apostolique arménienne). Cette cérémonie était très belle, avec une chorale magnifique. Le seul bémol, ce sont les allers-retours à l’extérieur qui gênent, mais en dehors de cela, c’est une très belle liturgie.


D’ailleurs, le choix du titre est un peu subtil, car en Arménie, le Premier ministre actuel, Nikol Pachinian, essaie de rallier des évêques faisant partie du conseil d’administration, qui est l’organe saisi lorsque le Catholicos meurt afin d’en élire un nouveau. C’est l’équivalent de l’assemblée des cardinaux pour le conclave. Bref, l’Église ne faiblit pas, mais il y a eu quelques émeutes près d’Etchmiadzine entre les pro-Pachinian et les pro-Catholicos.


Le contexte de l’Église, très lié à la politique, est actuellement dans une période plutôt tendue. D’un côté, le Catholicos défend la voix du peuple ; de l’autre, Pachinian cherche à créer une Église parallèle, où le fond de l’enseignement devrait s’aligner sur son programme. C’est le conflit entre la politique intérieure menée par le leader officiel et le berger qui guide les brebis et connaît les problématiques des Arméniens.

Voilà, c’est déjà la fin de l’article. Je vais essayer, comme je l’ai dit dans le précédent, de tenir ce rythme sans m’imposer une quantité de texte. Me connaissant, je n’aurai peut-être pas réussi à le maintenir… On verra si j’arrive à garder la résolution que je me suis fixée.


Sinon, belle et sainte année 2026. Je prie bien pour vous depuis ce petit coin du Caucase.


 

Intentions de prière

        • Aram, Alexandre, Sako, Arkadi
        • Sasun, Armen, Arthur, Lazo, Hike, Arsen (Personnes aidées)
        • Volontaires (Marie-Lys, Mathilde, Paul-louis, Mondane, Adèle, Eléonore)