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DERNIER ARTICLE

"Notre foi est juste !" G. Njdeh

Salut tout le monde !
Je vous donne enfin des nouvelles après mon dernier article publié il y a déjà deux mois. L’objectif du bi-mensuel était peut-être un peu ambitieux… J’avais à cœur de terminer le livre L’Église arménienne pour pouvoir vous raconter un peu l’histoire de cette Église et dresser une comparaison sommaire de ses traditions avec celles de l’Église romaine latine. Je vous en parlerai à la fin de cet article.


Ici, difficile d’installer une routine : notre quotidien est sans cesse bousculé par de petits imprévus ou des activités programmées un peu sur le tas. C’est aussi ce qui fait le charme de la mission : cette impression d’être hors du temps. Il m’arrive très souvent de perdre complètement la notion des jours… d’abord ne plus savoir où on en est dans le mois, puis même dans la semaine. C’est dire !


L’antenne a aussi connu quelques changements : Mirko, qui était avec nous à Goris, a terminé son séjour missionnaire il y a environ 2 mois. Entre-temps, nous avons accueilli Adèle, Mathilde et Marie-Lys qui sont des nouvelles volontaires qui resteront chacune quelques mois en Arménie. 


Nous avons également eu pas mal de passage : le chef de mission, Alexandre Goodarzy, est descendu à Goris pour visiter l’antenne ; et un peu plus tôt, la délégation SOS est venue pour l’inauguration d’une place entièrement financée par SOS Chrétiens d’Orient, à hauteur de 80 000 euros, dans la région du Syunik. Cette place se situe dans le petit village d’Eghvard, d’où l’on peut apercevoir, depuis les hauteurs, les drapeaux arméniens et azéris qui se font face.
Je vous raconterai cet épisode de l’inauguration un peu plus bas.


Le 23/10/2025 à l'antenne de Goris

Il y a deux jours, on nous a annoncé la venue de la délégation pour l’inauguration de la place d’Eghvard. Un peu de stress (bon, là je fais mon Marseillais), parce qu’on voulait préparer un repas digne de ce nom ! Nous avions entendu quelques échos sur la « médiocrité culinaire » d’anciens volontaires, notamment de la part d’Aram, notre chef de mission dans le Syunik. Autant dire qu’on voulait redorer le blason de l’antenne !


Après pas mal de recherches de recettes arméniennes, je suis tombé sur une chaîne YouTube française d’une dame qui reproduit les plats de sa grand-mère. Elle doit certainement avoir des origines arméniennes. Je me suis dit : « Parfait ! » La délégation étant essentiellement composée de Français, ça ferait plaisir, et puis je pensais naïvement qu’on trouverait tous les ingrédients en magasin. Eh bien… que nenni !


La veille, nous allons au Ararat Supermarket avec notre liste en main. On bute rapidement sur la pâte phyllo, puis sur les feuilles de riz. Pour la pâte phyllo, l’interaction avec la vendeuse était… approximative. La barrière de la langue, ici, c’est vraiment compliqué ! Elle finit par nous donner une sorte de pâte et confirme, après qu’on lui ait montré une photo du plat (qui ressemblait à un samoussa), que c’est bon. Grand sourire, on lui fait confiance — parce que connaître quelques mots d’arménien, c’est une chose, mais lire l’arménien sur les paquets… c’en est une autre !


Une fois rentrés, juste après le repas, on sort les ingrédients pour préparer l’entrée. Elle devait ressembler à des samoussas… mais s’est transformée en friands, car la pâte qu’on nous avait donnée n’avait rien à voir avec ce qu’il fallait : au lieu d’être fine, longue et élastique, c’était tout l’inverse. Finalement, on trouve une solution : des friands au fromage et au persil. (Spoiler : c’était le meilleur du repas.)


Pour le plat principal, on prépare une pâte à base de purée de riz. Avec la quantité qu’on avait, on façonne de petites boules qu’on garnit de steak haché, d’oignon et de noix. Sur la fin, je me retrouve tout seul en cuisine, il était à peu près minuit et demi.


Le lendemain matin. Juste après, on se dépêche de terminer les préparatifs et de cuire le tout pour dresser les assiettes comme dans un vrai restaurant. Pour faire court : on était prêts à 13h30.
Ils sont finalement arrivés à 18h30, à cause d’un problème de voiture.

Mais au final, le repas a été un vrai succès, et la soirée aussi.

Toute la délégation était vraiment sympathique :


  • Benjamin Blanchard, directeur général de l’association, d’une grande gentillesse, toujours plein d’anecdotes, curieux et accessible. Il se met au niveau des volontaires, ces « abeilles ouvrières » de la ruche comme il dit souvent.
  • Édouard, assis à côté de moi, 26 ans, venu pour réaliser des interviews pour la communication à Paris. Ce n’était pas sa première mission : Égypte en tant que chef de mission, Ukraine, Jordanie… bref, un vrai pirate !
  • Constance, à peu près du même âge, récemment embauchée pour internationaliser SOS en Italie, grâce à ses origines et à son bilinguisme.
  • Hélène, l’une des premières salariées de SOS. Du lourd.


Ce qui est frappant, c’est qu’aucun ne prend la grosse tête. Chacun connaît parfaitement son rôle et sa place, mais tout le monde parle avec tout le monde, simplement, comme une grande famille en déplacement.



Le 25/10/2025 à Eghvard


Aujourd’hui, c’est le grand jour de l’inauguration. Nous nous mettons sur notre trente et un, puis nous partons avec la délégation en direction du village d’Eghvard. En arrivant, environ cinquante à soixante personnes nous accueillent : certainement des habitants du village, mais aussi de quelques villages limitrophes. Le maire est là, ainsi que le clerc du diocèse.


La cérémonie commence par le rituel de la bénédiction de la source. Je ne l’avais pas précisé auparavant, mais sous la place inaugurée coule une source appelée Torros, qui remonte au IVᵉ siècle. Elle porte le nom d’un grand prince, Torros, qui repose dans le cimetière de l’église située un peu plus haut dans le village.
C’est une source potable, essentielle pour les habitants, qui l’utilisent pour leurs animaux et pour diverses tâches quotidiennes nécessitant de l’eau.


La particularité de cet instant, c’est que la bénédiction de la source suit un rituel propre à l’Église apostolique arménienne. Comme pour les sacrements dans l’Église latine, il existe ici un cérémonial spécifique réservé à la bénédiction des eaux et des sources — un rite ancien, profondément enraciné dans la tradition arménienne.


Après la bénédiction, c’est au tour du maire de prendre la parole, suivi de Benjamin Blanchard, puis d’Aram. La cérémonie dure en tout près d’1h30. Pendant ce temps-là, je prends des plans au drone pour la communication.
Vient ensuite la découpe du ruban, symbole de l’achèvement du projet, mais aussi — avec le directeur général, les clercs et le maire côte à côte — le signe d’une véritable unité et d’une amitié profonde qui s’inscrit désormais au cœur du village.


Puis nous passons à table : un grand banquet, avec notamment de l’agneau. Ironie du sort, Rémi et moi n’y touchons pas, parce que nous prolongeons notre discussion avec le conducteur, Jiro. Autour de nous, les anciens du village trinquent à la vodka « aux soldats de l’Artsakh », tandis que le DJ enchaîne les musiques traditionnelles. L’ambiance est familiale, chaleureuse, authentiquement arménienne.

À défaut d’avoir pu profiter du repas, nous nous dépensons sur la piste de danse avec les jeunes du village, en plein milieu de la place fraîchement inaugurée.


À un moment, l’un des enfants présents prend le micro. Après avoir demandé au DJ de couper temporairement la musique, ce petit réfugié de l’Artsakh chante — d’une voix encore jeune mais incroyablement déterminée — sa volonté de reprendre l’Artsakh. Les enceintes résonnent dans tout le village, et l’écho de ses mots, depuis ce point géographique qui surplombe la frontière, adresse un message puissant à ceux d’en face : un rappel des exactions commises en 2023, et de la déportation des populations en violation du droit international.

Un moment simple, mais d’une force bouleversante.


Le 27/10/2025 vieux Khot / vieux Halidzor

Jour de repos !
Une journée entière pour découvrir librement les paysages magnifiques du Syunik… Nous voulions initialement tenter l’ascension du mont Khustup, montagne emblématique du patriotisme arménien. Son sommet domine toute la région : c’est là que s’est ancrée une partie de la résistance arménienne, notamment celle de Davit Bek, et c’est aussi dans cette montagne que reposent les ossements de Gareguine Njdeh, figure nationale, dont les cendres ont été dispersées selon son souhait.


Finalement, pour atteindre le premier plateau du Khustup, il nous fallait un taxi équipé d’un véritable 4x4, capable d’affronter les pistes chaotiques de la montagne. Aram, qui a été guide de montagne et connaît pratiquement toute la région, nous a plutôt orientés vers une randonnée plus tranquille, mais tout aussi splendide : des gorges de la vallée, depuis le vieux Khot jusqu’au vieux Halidzor.


Ces deux villages sont abandonnés depuis plusieurs décennies, mais les traces de la vie d’autrefois sont encore visibles : des murs de maisons encore debout, quelques charpentes fatiguées par le temps, et surtout des habitations troglodytiques creusées directement dans la roche.

Le vieux Khot a été abandonné au profit du nouveau Khot en 1970. Sa position géographique, en pente dans la vallée, n’était plus adaptée à la vie moderne. Autrefois, cette situation reculée avait ses avantages : elle cachait le village des axes routiers, et le renfoncement dans la gorge permettait de conserver la chaleur en hiver. Les plateaux plus plats, en bas de la vallée, étaient utilisés pour l’agriculture.


Mais aujourd’hui, aucune voiture ne peut y accéder ; l’électricité et l’eau y sont difficilement acheminables… Le progrès a fini par vider le village.


Nous commençons la randonnée depuis les hauteurs, d’où l’on peut admirer le vieux Khot vu du dessus, avant de s’y rendre et d’explorer, comme des curieux, chacune des petites maisons abandonnées. Chacune a son histoire, chacune est plus singulière que la précédente.


D’abord, nous tombons sur des habitations troglodytiques creusées directement dans les parois de la montagne. Puis apparaissent les maisons sculptées dans des cheminées de fées : des amas de roches volcaniques, coniques ou effilées, qui semblent tout droit sortis d’un décor mythologique.


Enfin, nous traversons des habitations plus « modernes » — ou plutôt plus récentes — avant de descendre jusqu’au cimetière, situé tout en bas du village, dernière trace silencieuse de la vie qui animait autrefois ces lieux.

Au fil de la randonnée, nous croisons quelques locaux : certains cultivent au fond de la vallée, un homme à cheval — que nous appelons affectueusement « le cowboy » — et des ramasseurs de noix qui, à l’aide de simples ficelles, transforment leur sac en filet plastique… en sac à dos improvisé.


Pas un touriste, pas un bruit anthropique. Nous sommes presque seuls, bercés par la mélodie de l’eau, le chant des oiseaux et la beauté brute du paysage qui se déroule devant nous. Entre les petits sentiers sauvages que nous empruntons pour relier les villages abandonnés, nous découvrons des maisons désertées et des édifices religieux encore préservés.


Dans l’obscurité de ces lieux, seules deux meurtrières laissent passer la lumière, et pourtant ces édifices, au milieu d’un environnement apparemment délaissé, ne semblent pas abandonnés. Des bacs pour planter des cierges, de petites croix et même quelques chocolats déposés à l’entrée nous invitent à franchir le seuil, comme si le lieu respirait encore la vie et la foi des générations passées.

Le 12/11/2025 au centre cardio vasculaire  Franco-Arménien

Aujourd’hui, nous ne travaillons que l’après-midi. Aram propose d’emmener Edouard au Centre cardiovasculaire franco-arménien, et nous décidons de l’accompagner. Ensemble, nous nous dirigeons vers le centre.

J’avais déjà vu dans un documentaire réalisé par un ancien volontaire que ce centre avait bénéficié du plus grand financement de SOS Chrétiens d’Orient en Arménie : un scanneur IRM à hauteur de 400 000 euros en 2023. L’intérêt majeur de ce projet est multiple : l’hygiène, les conditions de travail encore un peu traditionnelles dans la région, et le fait que les maladies cardiovasculaires représentent la première cause de mortalité en Arménie. Depuis 2023 le scanneur a servit à environ 200 patients.


Dans le Syunik, les établissements médicaux sont encore mal équipés. Pour diagnostiquer et prendre en charge correctement un patient, il faut souvent se rendre à Erevan, soit à 4 heures de route. Or, pour les maladies cardiovasculaires, chaque minute compte. Pouvoir réaliser un diagnostic plus près des villages du sud de l’Arménie réduit drastiquement le temps de trajet et permet d’apporter une expertise médicale directement sur place, ce qui est crucial pour sauver des vies.

19/11/2025 à Tegh

Il y a trois jours, nous étions chez Arsen, ou plutôt Sali — on ne sait pas trop pourquoi il change de prénom — pour remplir des sacs de grains. Aujourd’hui, nous les transportons jusqu’à Tegh.


Arrivés dans une petite propriété à côté d’une artère routière, nous vidons les sacs dans un grand entonnoir. Une fois rempli, le propriétaire met en marche la machine qui mout le grain et le transforme en farine, destinée à nourrir les cochons. En tout, nous avons vidé environ 50 à 60 sacs dans la cuve.


Une fois la machine lancée, notre mission est de remplir les sacs à la sortie. La machine débouche sur un tuyau en Y : nous accrochons un sac vide d’un côté pendant que l’autre se remplit. Avec un petit levier, nous bouchons une des embouchures pour ouvrir l’autre.


La petite difficulté : nous réutilisons les sacs que nous avons vidés plus tôt. Certains présentent des trous et la farine tombe parfois par terre… pas très propre, mais après tout, ce n’est que pour les cochons. Chaque sac rempli doit peser entre 40 et 50 kilos, que nous chargeons dans le camion au fur et à mesure.


Vers 17h30, une fois la cargaison prête, nous partons pour la ferme de Sali afin d’y entreposer les sacs. Les allers-retours entre le camion et les palettes sont accompagnés des cris des cochons : certains se frappent entre eux, d’autres frappent les grilles de leurs enclos.


À la fin de la journée, tout le monde est épuisé… et moi, je crois que j’ai pris 40 ans avec toute cette poussière !

Quotidien

Je n’aurai pas la place de détailler toutes les activités que nous avons réalisées jusqu’ici… Entre les sources chaudes naturelles où Aram nous a emmenés, le bois que nous avons fendu à l’école d’Artashen, les parties de volley et de foot avec les enfants, les lancers de bois dans le verger de Sasoun, le rangement du bois chez Arthur à Varatur, et bien sûr les repas arrosés à la vodka (toujours avec modération !) accompagnés de ses fameux « genats »… autant vous dire que chaque journée a été unique. Sinon j'espère que ce temps de l'avent s'est déroulé dans la joie et la bonne humeur auprès de vos proches. Je prie bien pour vous tous qui lisez ce blogue, à la prochaine en 2026 ! Saint Grégoire l'illuminateur sauvez l'Arménie et la sainte famille intercédez pour nos familles.


L'Église Apostolique Arménienne, et l'Église romaine latine, quelles différences ?


1. Histoire de l’Église apostolique arménienne


L’histoire de l’Église apostolique arménienne est profondément liée à l’identité spirituelle et culturelle de l’Arménie. Selon la tradition, le christianisme aurait été introduit sur le plateau arménien dès le Ier siècle par les apôtres Thaddée et Barthélemy, qui vinrent évangéliser cette partie du monde ; certaines communautés chrétiennes existaient ainsi bien avant l’officialisation de la religion.


Le tournant décisif se produit au début du IVᵉ siècle. Le roi arménien Trdat III (souvent appelé Tiridates III), initialement païen, fut miraculeusement guéri d’une maladie grave par saint Grégoire l’Illuminateur, ce qui le conduisit à se convertir au christianisme vers 301, date traditionnelle de l’adoption du christianisme comme religion d’État de l’Arménie, faisant de ce royaume la première nation chrétienne officielle au monde.


Grégoire l’Illuminateur devint ainsi le premier patriarche-catholicos de l’Église arménienne et posa les bases d’une hiérarchie ecclésiastique indépendante. L’Église développa sa propre liturgie, fondée à l’origine sur des rites syriens et byzantins mais rapidement adaptée à la culture arménienne.


Un moment clé est l’invention de l’alphabet arménien par le moine Mesrop Mashtots en 406, qui permit la traduction de la Bible et des textes liturgiques en arménien ; à partir de ce moment la liturgie put pleinement s’exprimer dans la langue du peuple.


Au Concile de Chalcédoine (451), l’Église arménienne ne participera pas à la discussion, en partie pour des raisons politiques et géographiques, et rejettera par la suite certaines formulations doctrinales, se séparant de fait des Églises qui accepteront la définition chalcédonienne.


Le centre spirituel de l’Église reste Etchmiadzine, souvent considéré comme le cœur de la chrétienté arménienne, même si le siège catholicosa a parfois migré lors des bouleversements historiques (par exemple en Cilicie au Moyen Âge).


L’Église a également traversé de nombreuses phases d’influences extérieures, notamment hellénistiques par les orthodoxes grecs et latines par le contact avec les catholiques occidentaux, tout en restant profondément ancrée dans sa tradition propre.


2. Comparaison des pratiques de l’Église arménienne (avec le rite tridentin de la messe latine)


Doctrine et conciles


L’Église apostolique arménienne appartient à la famille des Églises orientales dites pré-chalcédoniennes. Elle reconnaît l’autorité des trois premiers conciles œcuméniques (Nicée, Constantinople, Éphèse) mais ne reconnaît pas comme suprême une juridiction unique comparable à celle du pape dans l’Église catholique latine.


Un des points doctrinaux majeurs qui distingue l’Église arménienne concerne la christologie : elle rejette la formulation du Concile de Chalcédoine, qui affirme que le Christ possède deux natures distinctes, divine et humaine (duophysisme), proclamées en une seule personne. En revanche, l’Église arménienne professe le miaphysisme, qui affirme que dans la personne du Christ il y a une seule nature incarnée unique où la divinité et l’humanité sont parfaitement unies sans confusion ni séparation. Cette position s’appuie sur l’expression de Saint Cyrille d’Alexandrie et se distingue du monophysisme au sens strict, car elle affirme pleinement la présence des deux dimensions en une seule nature incarnée du Verbe.


Ainsi, cette différence théologique demeure l’une des raisons principales de la séparation doctrinale avec les Églises qui ont accepté Chalcédoine, notamment l’Église catholique et les Églises orthodoxes byzantines, et marque une identité propre dans la compréhension de la présence du Christ. 


Liaison entre Église et société


L’Église apostolique arménienne a historiquement entretenu des liens étroits avec la politique intérieure et extérieure de l’Arménie : loin d’être une institution cloisonnée, elle se présente comme la voix du peuple arménien, en raison de sa proximité culturelle, linguistique et spirituelle avec la société. Elle est ainsi perçue à la fois comme un guide spirituel et comme une force identitaire.


Liturgie et obligations dominicales


Comparée à la messe latine tridentine, la liturgie arménienne est différente dans sa structure, sa langue, son chant et sa théologie sacramentelle. L’Église arménienne apparaît plus flexible sur certaines obligations dominicales : la participation peut se faire soit aux vêpres du samedi soir soit à la célébration dominicale, sans durée précise requise, une souplesse qui contraste avec la discipline plus rigide de l’Église catholique latine.


Sacrements


Tous les sacrements essentiels sont célébrés, sauf l’extrême-onction dans certaines situations : baptême, confirmation et première communion sont souvent administrés ensemble. Le baptême se réalise par immersion horizontale et sans âge réglementaire strict, ce qui diffère de la pratique latine où les sacrements sont espacés selon des âges précis et des rites définis.


La communion eucharistique dans l’Église arménienne est distribuée de manière originale : il n’y a qu’une hostie, préparée le jour même, et la communion se reçoit sous les deux espèces (pain et vin) sans que le vin soit mélangé avec l’eau comme dans le rite latin. La messe se déroule majoritairement debout et le pain eucharistique est conservé dans une niche latérale sans ornements.


Pratiques liturgiques et pénitentielles


La confession peut être collective avec absolution générale, avec la confession individuelle moins systématique qu’en Occident. Il n’y a pas nécessairement une pénitence formelle imposée après l’absolution.


Organisation du clergé


L’Église arménienne distingue deux types de clergé :


  • le clergé séculier, qui peut être marié, avec un minimum d’un an de mariage avant ordination, et s’occupe de la pastorale quotidienne, des malades et des pauvres ;
  • le clergé régulier, généralement formé en monastère, avec possibilité d’accès à l’épiscopat, suivant une tradition similaire à celle retrouvée dans d’autres Églises orientales.


Les moines ne prononcent pas de vœux formels, et chaque monastère reste institutionnellement indépendant, sans congrégations centralisées.


Calendrier et jeûnes


Historiquement, l’Église utilisait le calendrier julien jusqu’en 1923, avant d’adopter le calendrier grégorien. Le cycle liturgique comprend plusieurs jours de jeûne, notamment mercredi et vendredi chaque semaine, plus un long carême pascal, et des périodes comme 48 jours de jeûne avant Pâques, comportant des abstentions strictes. 


Dévotions et prières


La prière du Notre Père occupe une place centrale, accompagnée de dévotions mariales et d’ascèses comme la répétition du Ter-aghorma (« Seigneur, aie pitié »), qui reflètent une spiritualité orientale. Les fidèles pratiquent aussi des formes de dévotion comme la donation de vêtements liturgiques et l’achat de cierges, témoignant d’une piété populaire appréciée. 

Intentions de prière

        • Aram, Alexandre, Sako, Arkadi
        • Sasun, Armen, Arthur, Lazo, Hike, Arsen (Personnes aidées)
        • Volontaires (Marie-Lys, Mathilde, Adrien, Adèle, Eléonore)